Take The Long Way Home
(2) Urfa
9h, dans le bus en direction d'Urfa - Gaziantep. Je regarde les paysages de la mésopotamie défiler devant mes yeux en écoutant de la musique d'influence perse. A mi-parcours, ma voisine commence à parler avec moi, une jeune kurde avec un sourire lumineux. Je lui montre mon carnet de voyage, ça lui plait.
"-Combien de temps tu mets pour faire un dessin ?
- Je sais pas, cinq-dix minutes...
- Ok, c'est parfait ! Parce qu'il reste quinze minutes avant qu'on arrive à Urfa, donc je veux que tu me dessines dans ton carnet !
- Heu, Ok... pas de problème."
Je la dessine. Avant que je descende, elle tient à m'offrir quelque chose en souvenir, farfouille dans son sac, en sort un petit miroir de poche rond et rose, me l'offre. Je l'accepte avec grand plaisir, touchée par l'attention.
Arrivée à Urfa, je re-croise une coréenne que j'avais croisée à Trabzon, nous discutons et faisons un bout de chemin ensemble, avant de se poser dans un otel pas cher. Et puis... Urfa. C'est la claque. Je ne m'attendais pas à une ville aussi belle, où se rejoignent plusieurs religions et plusieurs strates de civilisations, sorte de Jerusalem turque.
Je m'arrête manger les fameux kebap aux piments d'Urfa, en plein dans le marché couvert de la ville, qui regorge de trésor gustatifs, puis je pars découvrir les merveilles de la ville. Mosquées d'influence syrienne (la Syrie n'est vraiment pas loin, à 70km de là), château sur la colline, avec une vue imprenable sur la vieille ville, et sur les bidonvilles alentours.
J'aime vraiment beaucoup la calligraphie arabe, surtout quand elle s'inscrit en noir sur la pierre, dans toute la simplicité dont l'art musulman est parfois capable, quand il ne verse pas intégralement dans la fioriture ottomane.
Au détour d'une mosquée où aurait mis les pieds Abraham (semble-t-il), je discute avec quelques vendeurs de graines pour les poissons du bassin, me pose pour un dessin. Un garçon muet se pose à côté de moi, m'observe dessiner, me fait un geste affectueux de la main sur la joue avant de repartir comme il est venu, en silence.
J'assiste aussi à une migration d'oiseaux. Impressionnant, trèèèèès impressionnant. Le bruit est assourdissant. Le ciel est tacheté de pixels noirs, par milliers, qui gigotent dans tous les sens, dans une danse tourbillonnante entre les nuages et le soleil qui tombe dans l'eau, entre les tours et les mosquées.
Je me pers dans les rues de la ville aux murs blancs, demande mon chemin au détour d'une mosquée, invitation improbable chez une famille turque. Les murs sont couverts de calligraphie arabe. La mère m'abreuve de dattes. La fille a mon âge et me fait visiter son chez-elle, "là c'est la terrasse où on dort l'été, et là c'est l'endroit de la terrasse où on fait sécher les piments..."
Il y a des beaux sols, aussi. Et d'autres belles mosquées. Je me balade jusqu'au soir, où je décide de faire une percée dans les moeurs locales et d'aller faire un hamam, dans un des hamams pour femme de mon quartier. L'expérience est plutôt marrante, des mamas qui me tiennent la grappe dans un dialecte étrange, mixture improbable de turque et d'arabe (bien loin de ma méthode Assimil ! ), que je ne comprends qu'à moitié. C'est tout juste si elles ne me proposent pas de me passer un savon (huhu).
La peau fraîchement épurée de ses particules superficiellement mortes, je m'en retourne à mon hôtel, quelques baklavas à la main - puisque c'est la spécialité du coin (plus précisément, de Ganziantep, à environ 200km de là).
Je n'aurais pas passé 24h dans cette ville, mais je reste toute imprégnée de ses merveilles architecturales, gustatives, humaines, et de son parfum moyen-oriental si dépaysant, même en Turquie.







































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