Affichage des articles dont le libellé est road. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est road. Afficher tous les articles
31.5.13
22.5.13
26.4.13
Take The Long Way Home
(4) Kayseri - Istanbul
L'arrivée à l'Otogar de Kayseri est plutôt cocasse. Six Otogars en sept jours, dont trois bus de nuit, je commence à me sentir comme un poisson dans l'eau, à taper la discut' et déconner avec les employés d'otogar, qui m'en apprennent autant sur la Turquie, les merveilles de sa culture (et de son hospitalité), et la profondeur de ses paradoxes, que mille guides du Routard ou mille livres d'Histoire.
J'arrive à Kayseri vers cinq heures du matin. L'un des employés qui aide à décharger commence à engager la conversation, en anglais. Je lui répond en turc, selon ma rhétorique de base bien rodée maintenant. Tout surpris et tout heureux, il me demande ce que je viens faire ici, je rétorque que je suis en transit dans la ville, pour visiter un peu, avant de prendre un bus de nuit pour Istanbul, le soir même. Il me demande de le suivre au comptoir, il s'avère qu'il est gestionnaire d'une des compagnies de bus, et qu'il s'occupe de mon billet. A cinq heures du matin dans une otogar désertée de son animation journalière et peuplée de fantômes qui ont bientôt fini leur shift de nuit, la concurrence n'est pas rude entre les compagnies, et le voyageur perdu ne peut que voguer vers les quelques comptoirs effectivement ouverts. J'avais pris soin de demander à Karamanmaraş combien coutait un billet Kayseri - Istanbul. "50 TL, normalement, mais comme tu es touriste il te le feront peut-être à 60 TL."
Forte de cette science pratique, je demande à mon nouvel ami le prix du ticket qu'il compte me vendre : "C'est 60 TL normalement..." "Eh mais c'est très cher, l'ami ! " "Oui, c'est cher, je vais te faire un prix... 40 TL ça va ? ". Je ne suis pas sure que toutes les théories économiques de concurrence pure et parfaite soient applicables en Turquie.
Je reste jusqu'à l'aube dans l'otogar, abreuvée de thé et de simit par les âmes perdues du petit matin. J'ai le temps de dessiner mon pote, de discuter avec lui, de mon voyage, de nos vies respectives, de la Turquie et de la région de Kayseri.
Je file ensuite vers la ville. Le soleil est resplendissant, étourdissant. J'ai peu dormi et je commence à accuser le coup du voyage. Je me pose dans un café, dessine, puis déambule à travers la ville, son marché, ses bâtiments d'âges ancestraux, sa forteresse sur fond de splendides montagnes enneigées. Nous sommes très exactement au centre de la Turquie, la "Terre du Milieu", point de passage des contrées orientales et souvent plus agraires aux grandes villes supposément seules porteuses de culture (occidentale ?), sorte de hub pour voyageurs de tous horizons et de tous motifs, qui l'était déjà au temps où la route de la soie était dans le coup.
Saupoudrons ce post de clichés, dans les deux sens du terme. La première rencontre que j'ai faite au début de mon épopée solitaire, était un marchand de tapis. La dernière rencontre que je fais en arrivant à Kayseri boucle la boucle, et je me retrouve, au milieu de mon errance, chez un tisseur-réparateur de kilims (tapis tressés) qui m'invite chez lui et me trimballe dans les karavanseray.
"Vous les européens, vous êtes toujours en train de faire quelque chose. Un dessin, une photo, un livre... Regarde ces gens par la fenêtre. Ils sont juste assis et ils ne font rien. Ils attendent."
Pendant qu'il réparait les kilims amochés de ses mains expertes, travaillées par des années d'agiles perfectionnements, et dont j'admirais la danse dans la lumière crue du contre-jour, sa petite fille, tout sourire, jouait, faisait danser les fils de toutes les couleurs. "Tu es à Galatasaray ? Il faut que tu me fasses un bracelet, jaune et rouge. Parce que mon père est pour Galatasaray. Mais aussi un jaune et bleu parce que ma mère est pour Fenerbahçe..."
Retour à l'Otogar, quelques heures plus tard et après avoir vu défiler, au rythme du çay et des simits, toute la famille et tous les meilleurs potes de mon tisseur de kilims, de joyeux lurons dont on percevait l'attachement et la tendresse qu'ils portaient les uns aux autres, me revoilà, propulsée dans un tumulte de voyageurs, avant de reprendre un bus de douze heures pour Istanbul. Douze heures où j'ai semi-dormi, semi-rêvée, bercée par Ismira, les musiques douces aux sonorités anatoliennes, un peu de Bob Dylan, les paysages qui défilent et le souvenir de tous ces gens rencontrés, de ces litres de çay, des vibrations de chaque lieux, des parfums des couleurs, des croquis et des pensées.
Arrivée vers 8h, je me sens comme chez moi. Istanbul ne m'a jamais parue aussi familière, européenne, étrangère à la Turquie même. Et Paris, jamais aussi proche.
***
Savoir pourquoi on voyage, et jusqu'à quand, jusqu'à quel point, le voyage déplace en nous des choses que nous ne soupçonnions pas, prend le temps de la décantation, de la distillation, de la mise en récit et de la mise en forme. Toujours est-il qu'une fois rentrée, une fois retrouvés les êtres chers, le confort, les habitudes, et la home sweet home, on a du mal, un mal fou, même, ne serait-ce qu'à envisager de se replonger dans une telle épopée, qui nous paraissait pourtant si naturelle et si nécessaire dans son déroulement.
Car c'est cela, l'aventure, c'est le moment où, une fois la boucle bouclée et le terme clos, on y repense en se disant que cela nous est vraiment très étranger, que ce n'est pas vraiment nous qui l'avons vécue et que ce temps n'a pas véritablement existé. On se sent éloignés, très loin de tout cela, et la seule pensée de repartir génère dans notre esprit lassitude, vertige, et peur. Car le voyage, c'est s'imprégner de l'Autre jusqu'à l'étourdissement, et il faut un peu de temps pour arriver à se réapproprier son soi-même, revenir à un certain équilibre pour accepter de déplacer de nouveau cet équilibre.
Même si repartir pour un long voyage paraît pour l'instant inenvisageable, une chose est certaine : l'appel de l'aventure, tôt ou tard, se fera sentir.
23.4.13
Take The Long Way Home
(3) Karahmanmaraş
Je ne sais pas très bien ce que je viens foutre à Karahmanmaraş... Mais que serait un voyage sans un peu d'errance et de décisions improbables ?
C'est d'ailleurs ce que me demandent les employés d'otogar quand j'arrive le midi, dans la ville. "Qu'est-ce que tu viens faire à Maraş ? "). Eux qui me convient à leur festin, en toute hospitalité, et m'accueilleront le soir-même pendant que j'attends mon bus de nuit, m'entraînant à venir danser avec les jeunes recrues de l'armée qui foutent le boxon dans l'otogar à coup de trompettes et de grosses caisses, avant que leur bus ne les emporte dans quelque trou paumé, quelque part en Turquie où personne ne s'arrêtera.
En tout cas, j'aime bien le nom. Karaman - maraş (marache). On dirait presque un nom de super héros, l'homme sombre (kara-man), sombre comme la ville en hiver contemplée depuis ses hauteurs, ou dans les trésors archéologiques qu'abritent le musée de la ville.
Un marché assez mignon et vivant, deux-trois belles mosquées. Il faut tuer le temps, et je zigzague entre les ruelles en me prenant une belle saucée. Je goûte à la fameuse glace de maraş - la spécialité de la ville - qui m'est offerte par le tenant d'un pâtisserie des plus étranges, qui ressemble à un extra-terrestre et baragouine un anglais incompréhensible, tandis que son employée essaye de me caser avec l'un des clients réguliers de la boutique. Bref, je ressors de là le ventre plein de baklavas et de çay, en plus de la glace (évidemment, je n'ai rien pu payer de tout cela car mon nouvel ami extra-terrestre a insisté pour m'inviter). Je sature de sucre, et de cette hospitalité dont je ne comprends pas tout.
A l'otogar, le soir. Six heures à attendre avant mon bus de nuit, je m'occupe, lis l'Histoire populaire des sciences, regarde des classiques du cinéma turc des années 1970 sur Youtube avec les employés d'otogar (l'un d'eux est le sosie parfait de Sheldon dans Big Bang Theory), me fait couvrir de çay et de cafés turcs.
22.4.13
Take The Long Way Home
(2) Urfa
9h, dans le bus en direction d'Urfa - Gaziantep. Je regarde les paysages de la mésopotamie défiler devant mes yeux en écoutant de la musique d'influence perse. A mi-parcours, ma voisine commence à parler avec moi, une jeune kurde avec un sourire lumineux. Je lui montre mon carnet de voyage, ça lui plait.
"-Combien de temps tu mets pour faire un dessin ?
- Je sais pas, cinq-dix minutes...
- Ok, c'est parfait ! Parce qu'il reste quinze minutes avant qu'on arrive à Urfa, donc je veux que tu me dessines dans ton carnet !
- Heu, Ok... pas de problème."
Je la dessine. Avant que je descende, elle tient à m'offrir quelque chose en souvenir, farfouille dans son sac, en sort un petit miroir de poche rond et rose, me l'offre. Je l'accepte avec grand plaisir, touchée par l'attention.
Arrivée à Urfa, je re-croise une coréenne que j'avais croisée à Trabzon, nous discutons et faisons un bout de chemin ensemble, avant de se poser dans un otel pas cher. Et puis... Urfa. C'est la claque. Je ne m'attendais pas à une ville aussi belle, où se rejoignent plusieurs religions et plusieurs strates de civilisations, sorte de Jerusalem turque.
Je m'arrête manger les fameux kebap aux piments d'Urfa, en plein dans le marché couvert de la ville, qui regorge de trésor gustatifs, puis je pars découvrir les merveilles de la ville. Mosquées d'influence syrienne (la Syrie n'est vraiment pas loin, à 70km de là), château sur la colline, avec une vue imprenable sur la vieille ville, et sur les bidonvilles alentours.
J'aime vraiment beaucoup la calligraphie arabe, surtout quand elle s'inscrit en noir sur la pierre, dans toute la simplicité dont l'art musulman est parfois capable, quand il ne verse pas intégralement dans la fioriture ottomane.
Au détour d'une mosquée où aurait mis les pieds Abraham (semble-t-il), je discute avec quelques vendeurs de graines pour les poissons du bassin, me pose pour un dessin. Un garçon muet se pose à côté de moi, m'observe dessiner, me fait un geste affectueux de la main sur la joue avant de repartir comme il est venu, en silence.
J'assiste aussi à une migration d'oiseaux. Impressionnant, trèèèèès impressionnant. Le bruit est assourdissant. Le ciel est tacheté de pixels noirs, par milliers, qui gigotent dans tous les sens, dans une danse tourbillonnante entre les nuages et le soleil qui tombe dans l'eau, entre les tours et les mosquées.
Je me pers dans les rues de la ville aux murs blancs, demande mon chemin au détour d'une mosquée, invitation improbable chez une famille turque. Les murs sont couverts de calligraphie arabe. La mère m'abreuve de dattes. La fille a mon âge et me fait visiter son chez-elle, "là c'est la terrasse où on dort l'été, et là c'est l'endroit de la terrasse où on fait sécher les piments..."
Il y a des beaux sols, aussi. Et d'autres belles mosquées. Je me balade jusqu'au soir, où je décide de faire une percée dans les moeurs locales et d'aller faire un hamam, dans un des hamams pour femme de mon quartier. L'expérience est plutôt marrante, des mamas qui me tiennent la grappe dans un dialecte étrange, mixture improbable de turque et d'arabe (bien loin de ma méthode Assimil ! ), que je ne comprends qu'à moitié. C'est tout juste si elles ne me proposent pas de me passer un savon (huhu).
La peau fraîchement épurée de ses particules superficiellement mortes, je m'en retourne à mon hôtel, quelques baklavas à la main - puisque c'est la spécialité du coin (plus précisément, de Ganziantep, à environ 200km de là).
Je n'aurais pas passé 24h dans cette ville, mais je reste toute imprégnée de ses merveilles architecturales, gustatives, humaines, et de son parfum moyen-oriental si dépaysant, même en Turquie.
Inscription à :
Articles (Atom)

































































